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Hommage
Jacques Hélian
Faire du bonheur une affaire sérieuse

À la Libération, la France a soif de légèreté. Jacques Hélian le comprend avant tout le monde. Délaissant le chemin bourgeois qu'on lui avait tracé, il choisit la voie des notes, du spectacle et de la fête... Une décision qui lui vaut un destin hors du commun et un répertoire de plus de six cents chansons, faisant de lui l'un des plus grands artistes du music-hall d'après-guerre.

Sur la photo d’identité que Jacques Hélian a transmise à son inscription à la Sacem, son sourire espiègle comme son regard malicieux annoncent déjà l'ironie joyeuse de ses morceaux, comme Bises Bises ou Venez donc vous amuser. Pourtant, ce grand chef d’orchestre a traversé les pages les plus sombres de l’Histoire avant de faire danser la France.

Né Jacques Der Mikaélian à Paris en 1912 d’un père arménien et d’une mère française, il a connu la guerre et la prison, rien qui ne le prédestinait aux feux de la rampe.

À quinze ans, il s’inscrit à l’École dentaire, une voie sûre. Mais l’amour de la musique rôde dans la famille. Son beau-frère n’est autre que Raymond Legrand, compositeur et chef d’orchestre, et futur père de Michel Legrand. Un saxophone dans les mains, du jazz dans les oreilles, Jacques Hélian découvre la musique grâce à cet influent membre de sa famille. Pourquoi vivre si ce n’est pour ça ? Les études dentaires n’y survivent pas. Jacques Hélian troque définitivement les outils médicaux contre une clarinette.

Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’une ambition jalonnera toute sa vie : faire du bonheur une affaire sérieuse. Pour l’heure, Jacques Hélian se forme. D’abord dans l’orchestre de Roland Dorsay où il joue du saxophone alto, baryton et de la clarinette. En 1936, il rejoint les Collégiens du compositeur et arrangeur Ray Ventura. Il entre alors dans un orchestre inventif, qui a compris que l’on pouvait marier le jazz américain à la variété française, le spectacle au rire. Jacques Hélian en tire une leçon essentielle : un orchestre n’est pas qu’une addition de talents, c’est une troupe.

La volonté de créer sa propre formation est née.

Jacques Hélian et son orchestre : profondément humain

L’Histoire le rattrape en 1939. La guerre s'invite sans prévenir et sans ménagement. Mobilisé puis fait prisonnier, Jacques Hélian passe quatre ans en captivité avant d’être libéré pour raisons de santé. Il rentre alors à Paris le corps fatigué, mais avec la volonté intacte de faire de la musique le fil rouge de sa vie.

À la Libération, Jacques Hélian forme enfin son orchestre, une véritable fête ambulante réunissant chanteurs, animateurs et danseurs dans un pays encore meurtri et qui a soif d'apesanteur. Jacques Hélian le flaire et enregistre le morceau Fleur de Paris (paroles de Maurice Vandair, musique d’Henri Bourtayre), première chanson à résonner sur les ondes après la Libération. Le succès est immédiat et le nom d’Hélian entre dans tous les foyers français. Aussi parce que son orchestre se distingue par son goût de la démesure : jusqu’à vingt-cinq artistes sur scène, des numéros comiques, des voix. Entre 1945 et 1949, l’orchestre grave plus de soixante-dix chansons. Parmi elles, C’est si bon, Maître Pierre… Des hymnes qui franchissent les frontières et font connaître Jacques Hélian jusqu’au Canada. Les concerts se jouent à guichets fermés, parfois plusieurs fois par jour. En 1949, il fonde même le premier girls-band français appelé Les Hélianes, puis réarrange ce qui sera l’un de ses plus grands succès, Étoile des Neiges, devenu depuis disque d’or.

Au sommet de sa gloire, au début des années cinquante, Jacques Hélian incarne une certaine idée de la joie collective, avec un flair pour repérer les talents. Claude Evelyne, Jean Marco… beaucoup des artistes avec qui il collabore et enregistre des chansons sont de véritables stars, de Bourvil à Charles Trenet, jusqu’aux meilleurs jazzmen français et européens.

Au milieu des années 50, cependant, l’époque change, les coûts explosent, l’industrie musicale regarde ailleurs, Jacques Hélian voit se refermer peu à peu la parenthèse enchantée. Il s'éteint en juin 1986, laissant derrière lui un répertoire de quelque 600 titres et le souvenir d'une époque où la musique se vivait en troupe, sur scène, dans le bruit et la chaleur des salles combles. Surtout, avec beaucoup de joie et de légèreté.

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