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Une « grosse tête » aux multiples visages
Pilier des « Grosses Têtes », l’humoriste et comédien Sim, né en 1926, est une « gueule » connue de tous. Auteur à succès d’une dizaine de livres, il a aussi sorti une poignée de disques de chansons parodiques. Sa règle d’or : ne jamais se prendre au sérieux.
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« La beauté n’est pas toujours apparente, j’en sais quelque chose. » Sim ne se trouvait pas un physique d’acteur ; ce genre de trait d’esprit lui servait donc à désamorcer les moqueries. Crâne chauve, visage fripé, regard d’enfant, frêle silhouette, le natif de Cauterets (Hautes-Pyrénées) faisait de son corps et de la plasticité de son visage une arme au service d’un humour absurde, naïf et plein d’autodérision.
À la naissance de Simon Berryer, dit Sim, le 21 juillet 1926, son père Henri est ingénieur électricien pour le réalisateur Abel Gance. Peu avant la Seconde Guerre mondiale, Henri Berryer devient exploitant de cinéma à Nantes. Dès 1946, Simon prend la relève en tant qu’opérateur au cinéma familial Le Royal, à Rennes, puis comme projectionniste. En observant les maîtres du music-hall de passage, il apprend à chanter et imiter en autodidacte.
En 1953, Sim présente son premier tour de chant comique incluant un numéro transformiste chez Madame Arthur, premier cabaret drag de Paris. Plutôt que de singer les artistes spécialisés cherchant à imiter à la perfection des vedettes féminines, il développe un humour visuel et fantaisiste qui devient vite sa marque de fabrique. Jouant sur le burlesque et les costumes outrés, il exploite à plein le décalage entre son physique et ses personnages féminins.
Avec sa voix de cantatrice (si, si !) et ses talents de bruiteur, Sim fait grand bruit. Mais pas encore assez pour le sortir de la précarité. Durant ces années de vaches maigres, il partage un temps une chambre avec Jacques Brel à Montreuil. Et côtoie Fernand Raynaud, Gilbert Bécaud et Charles Aznavour.
Le penchant pour le travestissement de Sim n’échappe pas aux dirigeants de l’audiovisuel. En 1956, pour son premier passage à la RTF, l’humoriste interprète un numéro « double-face » inspiré de l’artiste transformiste et musicien Leopoldo Fregoli dans lequel il joue tour à tour l’homme et la femme.
Sim passe l’examen d’entrée de la Sacem en qualité d’auteur le 21 juin de la même année. Il en devient membre le 7 août pour en devenir sociétaire définitif le 29 avril 1986. Le comédien Francis Perrin, qui forme dans les années 1990 un duo avec Sim « type le clown blanc et l’auguste » se souvient « d’un coauteur infatigable doué d’un sens extraordinaire de l’improvisation ».
Dans les années 1960, Sim entre dans les foyers français en rejoignant l’équipe des programmes jeunesse produits par Jean Nohain pour la RTF. Dans la version jeune public de La Piste aux Etoiles, il intervient essentiellement pour des intermèdes comiques entre les numéros de music-hall et de cirque.
La chance lui sourit à nouveau lorsqu’il rencontre Guy Lux. Dans l’une de ses émissions de variétés, l’humoriste campe une précieuse (très) ridicule : « la baronne de la tronche-en-biais ». Ce personnage fera le bonheur des Grosses Têtes de Philippe Bouvard, dont Sim devient l’un des premiers sociétaires dès son lancement sur RTL, en 1977. « Sim avait en lui la vis comica (force comique) », estime Francis Perrin. « Philippe Bouvard nous disait : ‘‘Vous êtes des fous furieux !’’. Chez Sim, c’était de la folie douce. C’était un duel pour se tuer de rire et faire que le public en ait pour son divertissement. »

Sim a 30 ans en 1956. Il se produit alors dans les cabarets parisiens aussi réputés que Madame Arthur, souvent en travesti.
Dans les années 1970, Sim prolonge certains de ses meilleurs sketches télévisés sur disque et enregistre des chansons originales. Huit chansons et sketches figurent sur l’album La Baronne de la Tronche-en-Biais paru en 1976. Deux ans plus tard, l’interprète triomphe en enregistrant, en duo avec Patrick Topaloff, une version parodique de You’re the one I want, thème du film Grease. Où est ma chemise grise ? décroche un disque d’or. Dans le même esprit, il adapte le tube de Johnny Hallyday Ma gueule, en 1980, renommé Quoi ma gueule !
« Gueule de biais » et « vis comica » : deux arguments pour tourner dans pas moins d’une vingtaine de longs-métrages, du film d’auteur aux comédies grand public : « J’ai fait le premier film de Guy Lux (Drôles de Zèbres, en 1977) et le dernier de Federico Fellini (La voce della luna, en 1990) », s’amusait-il. En 1970, dans la comédie burlesque de Michel Audiard Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais… elle cause ! Sim interprète le rôle d’un éducateur obligé de se déguiser en libellule pour payer des colonies de vacances à des enfants de banlieue. Il signe à cette occasion les paroles de la chanson La Libellule qu’il interprète.
Sim publie également dix livres autobiographiques et recueils de sketches. En 1983, Elle est chouette ma gueule, son premier ouvrage, s’écoule à un million d’exemplaires. Un succès commercial dû en grande partie à son style et à une maîtrise de la langue qui le rapproche de Raymond Devos, qu’il adule.

En 1970, Sim signe les paroles de la chanson La Libellule qu’il interprète dans un film de Michel Audiard « Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais… Elle cause ! » où il apparaît également en libellule. Un refrain et un couplet sont transcrits ici.
En 2009, sort son ultime ouvrage : Et la retraite, bordel ?, un pied de nez au grand âge. Pas question alors pour lui de céder son fauteuil (à vie) aux Grosses Têtes. « J’ai toujours été un touche-à-tout, j’ai bricolé dans la télé, le cinéma, le théâtre… J’ai pris un omnibus et au bout de cinquante ans j’arrive à peine », déclare Sim lors d’un passage dans le talk-show On n’est pas couché, quelques mois avant sa disparition. « Il avait une palette de talents énorme mais, par modestie, il s’en moquait », témoigne Francis Perrin.
Sa station d’arrivée ? Fréjus. Début septembre 2009, Sim est hospitalisé en raison d’une embolie pulmonaire. Il s’éteint le 6 septembre 2009, à 83 ans. Dans Les Grosses Têtes du lendemain, Philippe Bouvard salue la « fantaisie légendaire » de son vieux complice : « La nature lui avait refusé un physique de jeune premier mais en contrepartie elle lui avait accordé tous les dons. Surtout, il avait celui de l’amitié ».
Publié en juillet 2026