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Les inattendues
Jeux interdits
Éternelle mélodie
Que l’on joue de la guitare ou non, cette mélodie n’est pas forcément un bon souvenir.
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La musique du générique du film Jeux interdits est à la six cordes ce que La Lettre à Élise de Beethoven est au piano : une souffrance quand on essaie de se la mettre dans les doigts en apprenant la guitare, et une épreuve pour quiconque doit l’entendre et la réentendre ânonnée par des régiments d’apprentis musiciens. On en oublierait presque que l’histoire de cette mélodie est assez mouvementée.

Elle connaît sa première renommée dans un film dont on dira, quelques années plus tard, qu’il s’agit du long métrage le plus primé de toute l’histoire du cinéma.
Réalisé par René Clément et sorti en 1952, Jeux interdits reçoit l’Oscar du meilleur film étranger, le Lion d’or à la Mostra de Venise, le Grand prix indépendant au festival de Cannes, le prix Femina du cinéma, le prix de la critique japonaise et toutes sortes d’awards et de récompenses.

Pour la mémoire populaire, c’est surtout le début de la carrière de la magnifique Brigitte Fossey, qui a cinq ans quand elle incarne une petite orpheline de la guerre qui apprivoise la mort et des sentiments de grande personne.

L'oeuvre d'un grand maître du XIXe siècle

Le réalisateur René Clément avait demandé au guitariste classique espagnol Narciso Yepes de jouer seul toute la musique du film. Et, parmi les thèmes que choisit le musicien de vingt-cinq ans, une composition alors anonyme dont il compose un arrangement – et c’est la musique qu’on connaît.

On saura plus tard que cette mélodie est l’œuvre légèrement remaniée d’un grand maître de la guitare du XIXe siècle, Fernando Sor. Dans un premier temps, malgré le succès du film (plus de 4 millions d’entrées), cette musique ne sort guère du milieu de la guitare – cours, écoles et concerts de Narciso Yepes.

La chanteuse Evy, qui avait sept ans à la sortie du film, écrit des paroles sur cette mélodie en 1965 (« Dans la mélancolie qui envahit mon cœur / Un peu rêveur lorsque tombe la nuit / Un regret un soupir que le vent éparpille / Loin des cœurs, loin des jeux interdits ») mais ce n’est pas encore un objet obsédant sur les ondes.

Le basculement survient en 1969 : Jeux Interdits est diffusé à la télévision et le label Decca ressort le générique en 45 tours. Un premier pressage en 1962, pour les dix ans du film, n’avait pas été un énorme succès. Mais, au printemps 1970, le titre Jeux interdits atteint les parages de la dixième place des hit parades.

Au panthéon de la guitare

Il se trouve qu’à cette époque, la guitare séduit de plus en plus de jeunes Français. Et Jeux interdits devient le juge de paix de cet instrument qui s’impose partout, des intérieurs bourgeois aux préaux révoltés. Si l’on arrive à le maîtriser, on n’aura pas de difficulté majeure pour aborder Georges Brassens ou même Neil Young. Si l’on n’y arrive pas, autant laisser tomber la guitare.

Une mélodie d’une telle importance éveillera nombre d’intentions créatrices et il y aura d’autres adaptations encore, chantées par Dalida en 1982 (sous le titre Ton prénom dans mon cœur), par Yvette Giraud en 1985 (avec un texte d’elle-même), par Patrick Fiori en 2008 (avec des paroles d’Ariane Quatrefages), par Miriam Makeba en anglais, outre d’innombrables versions instrumentales… y compris sans guitare.

Bertrand Dicale

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L'auteur

Bertrand Dicale

Bertrand Dicale explore la culture populaire.
Auteur d’une trentaine d’ouvrages consacrés à l’histoire de la chanson ou à des vies d’artistes (Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Juliette Gréco, Charles Aznavour, Cheikh Raymond…), il est chroniqueur sur France Info (« Ces chansons qui font l’actu ») et auteur de documentaires pour la télévision.
Il dirige également la rédaction de News Tank Culture, média numérique par abonnement spécialisé sur l’économie et les politiques de la culture.

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