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Histoire d'une oeuvre
"Reality" de Vladimir Cosma
Quand le cœur de Sophie Marceau fait « Boum »…
Revenant chez elle à l’improviste, la scénariste et dialoguiste Danièle Thompson a la surprise de voir les volets fermés. Entrée, elle trouve sa fille, des copines et des garçons en train de flirter sur un slow dans la pénombre… et une idée de film par la même occasion !
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En décembre 1980, La Boum sort dans les salles obscures. Après un démarrage timide, la comédie que Danièle Thompson a coécrite avec le réalisateur Claude Pinoteau grimpe au box-office, restant à l’affiche durant trente-cinq semaines en France et cartonnant à l’étranger.

Un titre méticuleusement préparé

Affiche du film
Il faut dire qu’elle est portée par une chanson qui se fredonne jusqu’en Asie du Sud-Est…
Et pourtant, « Reality » n’aurait jamais dû exister, car Vladimir Cosma n’était pas censé réaliser la BO du long-métrage. Initialement prévu, Michel Polnareff a déserté pour les Etats-Unis. Le producteur Alain Poiré appelle en catastrophe l’ancien assistant de Michel Legrand.

Il faut notamment concevoir un titre très important, un slow romantique démarrant au moment où le ténébreux Mathieu glisse un casque sur les oreilles de Vic (Sophie Marceau dans son premier rôle) au beau milieu d’une fête de préados.

Jusque-là hermétique à ce genre musical sur lequel on peut danser sans savoir danser et séduire sans parler, le compositeur du Grand Blond avec une chaussure noire, des Aventures de Rabbi Jacob ou encore de L’Aile ou la cuisse prépare soigneusement sa copie, commençant par demander à la Sacem la liste des slows qui ont eu le plus de succès entre 1960 et 1980.

Méticuleusement, il étudie leurs tempos, leurs constructions, leurs mélodies, écrivant ensuite une sorte d’archétype sur son petit Wurlitzer.
Les paroles s'inspirent du titre « Honesty » de Billy Joel : un texte très simple, en anglais, dont le titre de quatre syllabes doit arriver au moment du refrain.

A la recherche d'un interprète

« Reality » rédigé, il ne manque plus à la création qu’un interprète. Un homme, à la tessiture aigüe, détimbré, inconnu du grand public... Cosma écoute des maquettes lui parvenant des quatre coins de l’Europe. Sans trouver la perle rare. Comme le temps presse, il se résout à solliciter Michael Franks, un chanteur américain à l’organe idéal dont le répertoire n’a pas franchi l’Atlantique.

Las ! La gourmandise de la maison de disques de Franks rebute les producteurs de La Boum. Au bout de six mois de prospection, Vladimir Cosma désespère, quand une candidature tardive lui arrive. Elle a été envoyée par un certain Richard Sanderson, rockeur de 27 ans passé par le Club Med et le Berklee College of Music, qui participe à des séances de chœurs pour assurer l’alimentaire… Tombée du ciel, sa voix fait enfin s’aligner les planètes pour un compositeur extrêmement sollicité qui n’a jamais attendu aussi longtemps un interprète !

Richard Sanderson, dont la carrière est sortie de l’anonymat grâce à ce slow vendu à plus de huit millions d’exemplaires dans le monde, n’a pu par la suite retrouver un succès comparable. Fidèle à celui qui l’a révélé, il a souvent participé aux concerts de Vladimir Cosma pour interpréter cette « Reality » qui faisait rêver Vic en 1980.

Par Vincent Dégremont
© Eric Dessons/JDD/Sipa

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L'auteur

Vincent Dégremont

Journaliste Sport & Musique.
Ecoute avec un égal bonheur « L’Apprenti sorcier » et « La Maladie d’amour ».
Préoccupé par le dérèglement climatique et les fake news.
Considère la cuisine comme un art majeur.

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