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Pépites
Edith Piaf et Jean Cocteau
À la vie à la mort
Nous sommes en février 1940, en plein ce qu’on appelle alors « La drôle de guerre ». À 25 ans Edith Piaf est déjà une grande vedette, à 51 Jean Cocteau est un monument. Ils se rencontrent chez l’éditeur Raoul Breton et sa femme Rachel dite « La Marquise ».
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Celle-ci est convaincue que les deux artistes sont faits pour s’entendre. Elle ne s’est pas trompée, ils sont si différents que le coup de foudre est mutuel. Chacun vit dans une marge certes différente mais qui peut s’apporter l’un à l’autre. La gouaille de la rue face à l’écrivain dandy. Et dans les deux cas un indestructible amour du public.

Quand Edith devient muse du Poète

Aussitôt amis, la chanteuse demande à Cocteau un morceau ou un sketch parlé. Il a déjà pratiqué l’exercice pour Marianne Oswald ou Arletty, donc après tout pourquoi pas. Mais il a envie de bien plus. Fasciné par le couple qu’elle forme avec le comédien Paul Meurisse, il va écrire une pièce en un acte. Le sujet est simple : la réalité de la relation des deux amoureux. Edith est jalouse, possessive, enflammée et infernale. Paul, à l’éducation bourgeoise bien éloignée de sa compagne, ne perd jamais rien de son flegme, évite calmement les projectiles, ne répond rien aux insultes, bref un gentleman dont le calme rend Piaf encore plus invivable.

Avec Le Bel Indifférent, la Môme fait ses débuts de comédienne au Théâtre des Bouffes-Parisiens le 20 avril 1940. Toute la presse salue sa performance, un monologue pour le moins habité de 30 minutes face à un Paul Meurisse qui ne dit rien face à son journal. « Lis ton journal. Lis ton journal, ou plutôt fais semblant de lire. Rien ne m’empêchera de crier ce que j’ai sur le cœur ». Edith bluffe le public et triomphe jusqu’au 14 mai, elle est mise à nu chaque soir en criant ses angoisses, ses peurs.

Unis pour le meilleur et le pire

Cette incroyable amitié ne s’arrêtera pas là. Pour son tour de chant de la fin 1944, au parfum de liberté, Cocteau lui écrit un texte d’éloges devenu légendaire. « (...)Mme Edith Piaf a du génie. Il est inimitable. Il n’y a jamais eu d’Edith Piaf et il n’y en aura plus jamais. (...) »

Mais il y a aussi un côté plus sombre. À partir des années 50 la chanteuse sera dépendante de la morphine et le poète accroché à l’opium. Tous deux errants de cliniques en hôpitaux pour se défaire du poison. Quand Piaf reprendra Le Bel Indifférent sur scène en 1953, c’est une femme prématurément vieillie et devenue icône qui n’a plus le même enthousiasme. Peut-être que son partenaire de jeu, Jacques Pills qu’elle vient d’épouser, l’inspire moins, mais c’est le seul témoignage enregistré du spectacle.

Jean Cocteau apprendra la mort de son amie le 11 octobre 1963. Elle s’est en réalité éteinte la veille dans le sud de la France mais il a fallu faire revenir son corps secrètement vers Paris. Il sait qu’il est également mourant et décède l’après-midi juste après avoir témoigné par téléphone à des journalistes, leur révélant cet ultime scoop : Edith voulait revenir au théâtre fin octobre dans une nouvelle version de leur pièce commune. Des légendes, mais des vraies.

Par Mathieu Alterman
Crédits photo : PVDE/Bridgeman Images - Zuma/Dalle

Coupure de presse "Jean Cocteau et Edith Piaf en 1940 : une grande amitié commençait" - France Soir
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