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Pépites
Petit Papa Noël de Tino Rossi
Redonner espoir aux Français
Depuis 1946, tous les parents entendent leur progéniture entonner plus ou moins bien cette chanson, que dis-je, cet hymne à l’enfance, à l’insouciance, au bonheur. Ce titre iconique a pourtant connu un début d’existence hésitant voire surprenant.
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La musique est née en 1944 et elle est signée, ça ne s’invente pas, Henri Martinet. Elle accompagne une chanson créée à Marseille, dont le texte est pour le moins tristounet : la prière d’un enfant au Père Noël pour que son papa revienne enfin d’Allemagne où il est prisonnier. Bien heureusement le titre passe inaperçu et la guerre arrive à sa fin.

En 1946, Tino Rossi, immense star et recordman des ventes de disques (on parle de 400 millions !) a urgemment besoin d’une chanson de remplacement pour le film Destins qu’il est en train de tourner. Raymond Legrand (père de Michel) s’occupe de l’arrangement orchestral, Raymond Vincy réécrit les paroles et c’est là que réside le coup de génie.

Le chanteur refuse toutes références religieuses trop présentes pendant le gouvernement de Vichy. Il sait que le public a besoin d’un message unitaire et laïc. Ainsi, il s’agit certainement d’un des rares chants de Noël sans référence à Dieu, Jésus ou autres. Bingo.

Plus qu’un succès, un phénomène !

Lorsque le disque sort juste avant les fêtes, c’est un raz de marée, qui se reproduit chaque année depuis 70 ans. Il y eut d’abord les sorties en format 78t, puis dès 1954 en 45t, puis en cassette, puis CD, puis téléchargement et enfin streaming.

On comptabilise plus de 40 millions de ventes et l’impact est si fort que la plupart des enfants finissent par penser que Tino Rossi EST le Père Noël. Celui-ci joue le jeu et n’hésite pas à se déguiser chaque année, en photos ou plateaux télés. Le Père Noël ne viendrait pas du Pôle Nord mais d’Ajaccio ! Magnifique triomphe qui aujourd’hui encore demeure le morceau le plus populaire de son interprète au point peut-être d’avoir éclipsé le reste de son répertoire.

Depuis 1946 on ne compte plus les reprises plus ou moins réussies de la chanson.
Des classiques : Mireille Mathieu, Nana Mouskouri ou Michèle Torr.
Des enfantines : Chantal Goya, Dorothée et Henri Dès.
Des forts improbables : Boney M, Trust et Mary J Blige.

Mais étrangement, aucune ne remportera le moindre succès, comme si les auditeurs avaient momifié l’originale dans son histoire, celle de l’après-guerre porteuse de joies et de libertés. Amen.

Par Mathieu Alterman

Déclaration d'éditeur "Petit Papa Noël"
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