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Pépites
Les grands débuts du fou chantant
2 février 1933 : acte d'adhésion de Charles Trenet
Né à Narbonne le 18 mai 1913, Charles Trenet exprime de bonne heure de multiples dons : musique, peinture, poésie. À 17 ans, il parvient à décrocher un poste d’assistant décorateur aux studios de cinéma de Joinville. Il s’installe donc à Paris, bientôt rejoint par sa mère et son beau-père, le cinéaste autrichien Benno Vigny. Ce dernier lui donne en 1932 l’occasion d’écrire des paroles pour plusieurs chansons de son film Bariole.
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Bien que ces premières œuvres soient diffusées, éditées et pour certaines d’entre elles enregistrées, Charles est encore mineur et cela ne l’a pas incité à effectuer la démarche d’adhérer à la Sacem, qui à l’époque passe par la réussite d’un examen.

Les choses se précisent à la fin de l’année lorsqu’il se lie d’amitié avec Johnny Hess, jeune pianiste suisse rencontré au cabaret de Montparnasse « Le collège Inn », et décide de s’associer avec lui pour former un duo sur le modèle de Pills et Tabet.

Charles et Johnny louent à Montrouge un studio de répétition équipé d’un piano et travaillent avec ferveur pour mettre au point leur numéro ; ils comptent en écrire à deux l’essentiel du répertoire (Charles pour les paroles et Johnny pour les musiques).

L’entrée à la Sacem

Avant même d’avoir fêté ses vingt ans, Trenet se décide donc à passer l’examen d’entrée à la Sacem. Il est convoqué le 24 janvier 1933 sur le thème imposé « Quel est mon destin ? » ; son texte écrit en quinze minutes lui vaut les félicitations du jury.

Mais il doit revenir le 2 février pour écrire cette fois une chanson en trois couplets et un refrain, à partir du titre imposé Ton cœur a souvent raison.

Admis le 31 mars comme stagiaire en tant qu’auteur, il restera longtemps le plus jeune membre de la Sacem (de nos jours, l'admission ne nécessite plus d'examen, mais simplement des preuves de diffusion publique d’au moins une œuvre parmi cinq écrites).

Au printemps 1933, Charles et Johnny donnent leurs premières prestations au cours de plusieurs revues satiriques montées au théâtre de Perpignan, dont Charles a par ailleurs écrit les couplets.
Rentrés à Paris, les duettistes sont engagés par le directeur de Radio-Cité, pour écrire des messages publicitaires. À l’occasion d’un passage au music-hall de l’Alcazar à l’automne, ils inaugurent leur tenue de boys anglais : pantalons et souliers blancs, blazers rouges. Ils chantent ensuite dans des cabarets du 9e arrondissement.

Un début de notoriété

Charles et Johnny sont bientôt repérés par un directeur artistique qui leur fait signer un contrat d’exclusivité de trois ans avec la marque Pathé. C’est ainsi que le 16 novembre 1933, ils gravent les deux faces de leur premier disque 78 tours : Quand les beaux jours seront là et Sur le Yang Tsé Kiang.

La vingtaine de titres enregistrés au cours des trois années suivantes donneront lieu à des ventes très modestes ; mais les deux compères auront davantage de succès en plaçant plusieurs chansons auprès d’interprètes prestigieux, comme Jean Sablon avec Vous qui passez sans me voir.

Le duo se séparera la fin de l’année 1936, lorsque Charles Trenet sera appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire. Rendu à la vie civile un an plus tard et nourri de ses années d’expérience de duettiste, il s’imposera auprès du grand public en chantant seul au music-hall de l’ABC en mars 1938, affublé du surnom de « fou chantant ».

Privé du concours de Johnny Hess, Charles signe désormais lui-même la plupart de ses musiques et sera admis à la Sacem comme compositeur en juillet 1939.

Par Martin Pénet

Examen d'entrée de Charles Trenet - auteur
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