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Je l'aime à mourir
C’est en 1979, cinq ans après avoir été découvert par les Frères Seff (Daniel et Richard), que Francis Cabrel publie son deuxième album : « Les chemins de Traverse ».
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Déjà, le premier opus, deux ans auparavant, a été un joli succès d’estime, d’autant plus qu’il a réussi à se faire remarquer en pleine vague disco.

« Je l’aime à mourir » est le premier 45 tours extrait de ce deuxième 30 cm, dont le directeur artistique est Jean-Jacques Souplet, le fils du patron de CBS France, la maison de disques de Francis. Jean-Jacques a déjà de belles réussites à son actif : Lenorman, Dave…

Et même si Cabrel a quelque chose de différent de la variété pattes d’eph-col pelle à tarte des seventies, Souplet Junior lui offre les mêmes complices, à commencer par Bernard Estardy, le géant du Studio CBE, qui a aligné les tubes de Cloclo à Dalida.
Quant aux musiciens, qui viennent en renfort de la guitare de Francis, ce sont les meilleurs de l’’époque : Top, Engel, Dahan, Chantereau, Tison… Et même si quasiment tous ont plongé dans le disco, tous vont se mettre au service de l’univers de Cabrel, à l’opposé, 100% acoustique et dépouillé. Ensemble, ils vont construire un écrin qui laisse toute la place à la force des mots.

Grâce à « Je l’aime à mourir », qui sera la plus grosse vente en 45 tours de la carrière de l’artiste (on parle de 700 000 exemplaires), le 30 cm des « Chemins de traverse » va être certifié disque d’or en vinyle dès 1979 en France, et bien davantage quand il sera réédité plusieurs fois en CD…

La quiero a morir

Mais cet énorme succès ne suffit pas à la filiale française de l’américaine CBS, qui, depuis des années, vend ses artistes sur les marchés étrangers. Pour peu qu’ils réenregistrent leurs titres dans des langues étrangères.
Même si la pratique est en perte de vitesse, Francis va se prêter au jeu. Un peu. En effet, il se contentera d’enregistrer son tube dans les langues latines, l’italien (« Io l’amo cosi ») et surtout l’espanol (« La quiero a morir »), dont les sonorités lui sont familières, tant son Lot-et-Garonne est devenue une banlieue de l’Espagne (deux départements le séparent de la frontière).
La péninsule ibérique va bien réagir, l’italienne moins (ceci dit, ses chansons y seront reprises, notamment par Umberto Tozzi).

C’est donc en 1979 que Francis Cabrel enregistre « La quiero a morir », un texte - fidèle à l’idée d’origine - signée de Luis Gomez-Escobar, un parolier qui écrit beaucoup d’adaptations espagnoles de titres français.
L’année suivante, la chanson se retrouve sur le premier album de Cabrel en espagnol, « Todo aquello que escribí ».
Et, preuve que la carrière espagnole de Cabrel n’est pas « un coup », on retrouvera ce standard sur la compilation « Algo mas de amor » publiée en vinyle en 1990 puis en CD en 1998. Sans oublier que « La quiero a morir » est également sortie dans de nombreux pays d’Amérique du Sud (Colombie, Chili…) par Francis et par des artistes locaux.

Durant toutes les années 80, Francis enregistrera une quinzaine de chansons en espagnol. Il me confiera même, lors d’une de nos rencontres, qu’il acceptait d’aller faire de la promotion en Espagne uniquement pour aller manger des tapas sur la Rambla (ou les Ramblas) de Barcelone !
Après quoi, trois albums plus que millionnaires dans les années 90 auront raison de ces escapades : « Sarbacane », « Samedi soir sur la terre » et « Hors saison », Francis n’enregistrera plus qu’en français.

Ceci dit, les succès adaptés continueront à faire leur chemin. Et, que ce soit en français, espagnol, ou même d’autres langues comme le catalan (« L’estimo a morir » par Miquel Abras), « Je l’aime à mourir » va faire le tour du monde.
En 1981, Lenka Filipova la grave même en tchèque. Bien plus tard, André Segarra en fera une version chinoise : "我爱死她了" (wǒ ài sǐ tā le)

Quant à la première version en anglais, elle débarque en 1990 avec le Québécois Roch Voisine. Ceci dit, « Until Death Do Us Part » compte des refrains en français. Cette version sera reprise par Sacha Distel en 1992 sur un album destiné au marché britannique (puis, en 2007, par Jonas).

La même année, Sacha enregistre aussi la version française, tout comme Pierre Namuriel en 1993, mais le titre connaît une nouvelle jeunesse hexagonale surtout en 1995 quand il est repris par les Enfoirés « à l’Opéra-comique ».

Moins « patrimoniale », on note en 1998 la version du boysband Alliage qui fait découvrir le titre aux pré-adolescentes. La légende raconte que Francis Cabrel n’a pas été très « emballé » par cette reprise…

Depuis le nouveau millénaire, la chanson fait régulièrement reparler d’elle dans l’Hexagone : Les Enfoirés la reprennent à nouveau en 2008, tout comme un gagnant de la Star Academy. Un autre chanteur pour adolescentes, David Carreira, fils du Portugais Tony Carreira, l’enregistre en version acoustique.

Un écho international avec la reprise de Shakira

Ceci dit, c’est la version bilingue de Shakira (le français a toujours eu beaucoup de charme pour les chanteurs étrangers) qui aura la première un écho planétaire.

En effet, la chanteuse colombienne l’interprète en 2011 lors des étapes francophones de sa tournée « The Sun Comes Out – World Tour » et celle-ci est captée à Paris-Bercy pour un Live qui sort le 15 novembre 2011 (« Live From Paris »).

Et ce n’est pas tout : suite au piratage d’une version studio de la chanson vue 18 millions de fois sur YouTube à l’automne 2011, Shakira la publie officiellement en single promotionnel le 5 décembre de la même année. Ce dernier, commercialisé dès le 23 janvier 2012, entre directement N°1 au Top français. Au total, en 38 semaines, 203 000 exemplaires seront vendus en France, téléchargements compris.

En Belgique, le titre se classe N°1 de l’UltraTop wallon, N°9 de l’UltraTop flamand, en Suisse N°18 du Schweizer Hitparade.
Dans ces trois pays francophones, la version de Shakira est disque d’or. Au Canada, le titre finit 34ème du Hot 100, en Slovaquie N°25.

Pas de doute, « Je l’aime à mourir » est une chanson française patrimoniale qui n’est pas prête de mourir.

L'anecdote

« Je l’aime à mourir » a donc été également reprise par la guitariste, chanteuse, et amie tchèque de Cabrel, Lenka Filipová.
Cette dernière vient étudier la guitare à Paris, dans la deuxième moitié des années 1970, et enregistre même un 45 tours en français. Ce dernier est produit en 1979 par les disques Souplet, ce qui explique comment la jolie Tchèque a connu le Gentleman d’Astaffort.
En 1981, Lenka Filipová, qui a été marquée par « Je l’aime à mourir » - qu’elle a vu naître -, enregistre la chanson en tchèque. Celle-ci a été adaptée par le parolier Zdeněk Rytíř en « Zamilovaná » (« Amoureuse »). C’est un énorme succès. qui donne même le nom au premier album de Lenka.
Même si Lenka a composé pas mal de ses chansons, elle est toujours restée fidèle à la chanson française, notamment, dans son deuxième album, où elle enregistre « Lettre à un rêveur » de Lucid Beausonge, également publié en 45 tours.

Les Bonus

Voici une liste de versions espagnoles enregistrées depuis que « Je l’aime à mourir » a conquis la planète :
1979 Camilo Sesto
1980 Raphael
1981 Manzanita
1986 Sergio Vargas
1987 DLG
1998 Gisselle
2005 Sergio Dalma
2010 Muchachito
2011 Jarabe de Palo & Alejandro Sanz

Par Jean-Pierre Pasqualini
Crédit de la photo d'entrée : Keystone France/Gamma Rapho

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L'auteur

Jean-Pierre Pasqualini

Animateur sur Melody, la chaine vintage de divertissement musical depuis 2003, JPP en dirige les programmes depuis 2013.

Cet ex-pionnier de la radio FM (entre 1982 et 1985) et rédacteur en chef de Platine Magazine durant 25 ans (de 1992 à 2017), membre de l’Académie Charles Cros et du Collège des Victoires de la Musique, est aussi sollicité régulièrement par de nombreux médias (M6, W9, C8…). Ces derniers mois, il a participé à de nombreux documentaires sur la chanson patrimoniale (Hallyday, Sardou, Pagny, Renaud…), comme contemporaine (Stromae, Christophe Mae…).

JPP intervient également sur les chaines et dans les émissions de News (BFM, LCI, C News, « Morandini », « C’est à vous »…) et les radios (Sud Radio, Europe Un, RMC Info Sport, France Inter…) pour des événements liés à la chanson (Eurovision, Disparitions de France Gall, Charles Aznavour, Dick Rivers…). Il a même commenté en direct les obsèques de Johnny Hallyday sur France 2 avec Julien Bugier.

Coté chansons, JPP a participé, depuis presque 30 ans, à de nombreux tremplins, du Pic d’or de Tarbes au Festival de Granby au Québec en passant par le tremplin du Chorus des Hauts de Seine.
Enfin, JPP a produit des artistes comme Vincent Niclo, en manage d’autres comme Thierry de Cara (qui a réalisé le premier album des Fréro Delavega)…
JPP a signé quelques ouvrages sur la musique et écrit des textes de chansons. Il a même déjà travaillé sur un album certifié disque de platine (Lilian Renaud).

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