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Pépites
L’admission houleuse de Jean Giono à la Sacem
Un refrain sur la Terre au milieu d’une marée de boue
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En février 1937, l’écrivain soumettait sa demande d’adhésion en qualité d’auteur pour l’adaptation au cinéma de deux de ses romans Un de Baumugues et Regain par Marcel Pagnol.

Comme tout à chacun, il fut demandé à Jean Giono de se soumettre à un examen d’entrée, mais à la différence de beaucoup, un émissaire de la Sacem vint lui apporter le sujet en sa demeure à Manosque. Son thème favori, « La Terre », soigneusement choisi par les membres de la Commission d’examen, devait permettre à l’homme de lettres d’accomplir cette formalité sans effort. Contre toute attente, il retourna par courrier une petite chanson aux airs d’action judiciaire.

Romancier et non chansonnier

Le président de la Sacem, Stéphane Chapelier, tenta d’apaiser l’agacement de l’écrivain. La Commission d’examen n’ignorait pas « l’important bagage littéraire » du postulant, c’est pour cela même qu’elle avait proposé ce thème de « La Terre » sur lequel il était attendu qu’il produisit trois couplets et un refrain.

Le malentendu venait selon lui d’une méprise de Jean Giono quant à sa place dans la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Ni auteur chansonnier, ni auteur de film, l’écrivain pourrait être admis sans examen grâce à un accord avec la Société des gens de lettres. Or, il n’en était pas membre.

L’achèvement du roman "Batailles dans la montagne"

De son côté, Jean Giono sentit quelques jours après sa missive qu’il s’était un peu emporté. Sa lettre d’excuse témoigne de la tension ressentie par l’auteur à l’achèvement de son roman Batailles dans la montagne, sur lequel il travaillait depuis dix-huit mois.

Il se décrit : « Cloîtré et pas rasé depuis dix jours, entouré de papiers où s’échafaudait peu à peu et péniblement le travail et soudain, un monsieur, un sourire, un papier qu’on me tend : veuillez écrire deux couplets et un refrain sur la terre ! » Le moment était inapproprié certes, mais le thème aurait pu en effet parler à l’auteur.

Dans son roman, la nature, inquiétante, se manifeste par une inondation et une coulée de boue s’abattant sur un village de haute montagne.

Admis sans examen

Jean Giono se ravise finalement : « Si l’examen est absolument nécessaire, c’est facile comme tout, je n’ai qu’à le passer, voyons. »
Mais entre-temps Stéphane Chapelier parvint à faire admettre l’homme de lettres sans examen par décision spéciale, « compte tenu de l’importance [de ses] écrits littéraires ».

Par ALD

Correspondance de Stéphane Chapelier et Jean Giono au sujet de son adhésion
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Correspondance de la Sacem et Jean Giono au sujet de sa nomination au Sociétariat Définitif
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