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Hommages
Jacques Higelin
1940-2018
Baladin tête en l’air, conteur funambule, histrion tombé du ciel, Jacques Higelin a traversé tous les courants de la chanson française avec la même fantaisie lunaire.
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Amateur de jazz et des chansons de Charles Trenet, il débute pourtant comme comédien tout en apprenant la guitare en compagnie du musicien Henri Crolla. Très tôt remarqué par Jacques Canetti, c’est avec lui qu’il enregistre ses premiers disques, des reprises de Boris Vian, avant d’écrire ses propres chansons.
La période Saravah, avec Pierre Barouh, le verra collaborer avec Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, et inventer peu à peu un registre musical qui emprunte autant au blues surréaliste qu’à la chanson rive gauche, entre scènes de cabarets et cafés théâtre. Jacques « Crabouif » Higelin, chanteur foldingue et festif, est né.

Mais c’est vers le rock qu’il se tourne dès 1974, avec les albums BBH 75, Irradié et Alertez les bébés.
Un rock cru et endiablé, concocté avec des musiciens comme Eric Serra ou Louis Bertignac, et prolongé sur scène à coups de concerts marathons aux improvisations débridées, de Grand Rex, en Cirque d’Hiver, de Mogador en Zénith, de Casino de Paris en Bercy : champagne et caviar pour tout le monde, surtout pour un public qui adopte définitivement ce grand frère généreux, enfant du swing et tonton punk, au bagout poétique échevelé.

« Pour moi, disait-il, il n’y a que trois thèmes, la vie, la mort, l’amour. Un disque sans chansons d’amour n’est pas un disque d’artiste... ».
L’amour, il le chantera sous toutes ses formes, entre coup de foudre et amor dolorosa, tout au long d’une vingtaine d’albums studio (le dernier, Higelin 75, paru en 2016) et d’une dizaine de live, goualante gouailleuse et boogie woogie au verbe haut, volubile et dépenaillé, héraut de la voltige, croqueur de rimes et dandy de grand chemin.

« Je crois, disait-il encore, que les artistes sont plantés au milieu des gens, comme des paratonnerres ou des arbres. Notre devoir, malgré échecs et doutes, c’est de ne pas laisser tomber. Nous sommes là pour faire rêver ».

Papa d’une famille d’artistes talentueux, Arthur, Izia et Kên, et père spirituel de plusieurs générations de musiciens, à la fois unique et consensuel, Jacques Higelin a toujours eu le souci de transmettre sa passion pour la vie et la musique : « Ma vie est une succession de hasards. J'ai souvent eu l'impression qu'il y avait des dieux, des déesses, des esprits qui veillaient sur moi. »

On le surnommait Jacques : un éternel gamin nommé Higelin.

Jacques Higelin avait adhéré à la Sacem en 1970 comme auteur et compositeur et en était sociétaire définitif comme compositeur depuis 1982. Immense artiste, Il avait créé 289 œuvres et reçu le Prix Raoul Breton 1982 ainsi que le Grand prix de la chanson française en 2009.

Par Philippe Barbot
Visuel © Terrasson / Dalle

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L'auteur

Philippe Barbot

Philippe Barbot, journaliste musical de Télérama à Rolling Stone, est aussi l'auteur d’une biographie d'Alain Bashung, de"Backstage"et de "101 Chansons Cultes".
Auteur compositeur interprète, il a publié deux albums de chansons, "Point Barre" et "Dynamo".

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