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La boum des cinéphiles
« Un homme et une femme »
Pierre Barouh et Francis Lai
Premier film non-musical mais aux chansons aussitôt mythiques, « Un homme et une femme » réécrit les rapports amoureux au grand écran sur fond de modernité pré-1968.
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Rectifions une erreur souvent répétée, non « Un homme et une femme » ne marque pas les débuts au cinéma de Claude Lelouch.

Ce dernier a déjà réalisé six long-métrages : quatre échecs, un inachevé et un petit succès (« Une fille et des fusils » 1964). C’est parce qu’il ne trouve pas de distributeur pour « Les grand moments » (1965) qu’il en détruit les négatifs, roule en voiture toute la nuit avant d’atteindre par hasard la plage de Deauville et d’y apercevoir au loin un couple et une petite fille.
Flash instantané, en quelques secondes le cinéaste tient un projet. C’est Pierre Barouh, acteur, chanteur, parolier et compagnon de galère de Lelouch qui lui présente Francis Lai, compositeur de chansons lancé par Edith Piaf quelques mois avant sa mort.
Le son et les mots doivent jouer des rôles essentiels dans ce nouveau film pour y habiller la passion vécue par Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant.

Un refrain inspiré de sonorités brésiliennes

Barouh revient du Brésil, il colle des onomatopées sur une mélodie chaloupée signée Lai. « Da Ba Da Ba Da…Da Ba Da Ba Da », idée de génie.
La chanson imprègne l’image comme jamais auparavant dans un film, les voix unies de Pierre Barouh et de Nicole Croisille (alors danseuse et chanteuse de jazz) font le tour du monde avec plus de 200 reprises en même temps que le long-métrage triomphe à Cannes, aux Oscars et aux Golden Globes et 4 millions d’entrées en France, le tout pour un budget réduit où le noir et blanc alternait avec la couleur par soucis d’économie. Devenu révolution esthétique.

Un album au succès international

Le reste de la BO marque tout autant, « Plus fort que nous » sera adapté partout sous le titre « Love is stranger than we », notamment dans une sublime version de la brésilienne Astrud Gilberto.

Le EP 3 titres orchestré par Maurice Vander sort chez Disc’AZ en même temps que le film et s’installe au sommet du hit-parade de l’époque. L’album regroupant la totalité des musiques cartonne même au Japon qui sera le premier pays à le rééditer en CD au début des années 90. Curiosité, le disque connait une version anglaise où Barouh et Croisille interprètent sur le même playback les textes dans la langue de Shakespeare, traduits par Jerry Keller.

Suite à ce phénomène, Pierre Barouh épouse Anouk Aimée, écrit « Des ronds dans l’eau » pour Annie Girardot et Françoise Hardy, « A Bicyclette » pour Yves Montand, créé son label et maison d’édition « Saravah » et peut vivre à l’abri du besoin ses envies de voyages.
Il fera découvrir Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Allain Leprest, …, puis partira fin 2016 sans jamais se défaire de sa belle élégance. Quant à Francis Lai, si Hollywood l’appelle (Love Story, 1970), il demeure fidèle à Claude Lelouch pour chacun de ses films jusqu’à sa mort en 2018.

Et 55 ans plus tard, les français restent convaincus que la chanson fait « Chabadabada ».
Quand la légende emporte tout. Belle revanche pour l’ex-cinéaste maudit.

Feuille de timbres "Un homme et une femme"
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L'auteur

Mathieu Alterman

Journaliste, chroniqueur (LCI, C8, Le Point, ...) et réalisateur de documentaires (Les Magnifiques - Paris Première).

Après avoir été pendant dix ans directeur artistique en maisons de disques et prêté sa plume à la revue Schnock, il enseigne le décryptage de la pop-culture, la communication de crise, le pitching et l’histoire des médias.

Il anime des conférences pour le groupe Ionis (Jacques Séguéla, Maurice Levy, Jacques Attali, …) et est aussi l’auteur de plusieurs livres dont « Les larmes de Johnny » (éditions Carnets Nord) et « Femmes Fatales (éditions Quai des Brunes).
Chroniqueur dans TPMP sur C8, professeur de pop culture et de podcast. 

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