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La boum des cinéphiles
« Emmanuelle »
Pierre Bachelet et Hervé Roy
Avant de connaître le succès en tant que chanteur dans les années 80, Pierre Bachelet triomphe en 1974 avec la B.O du film érotique Emmanuelle.
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C’est une véritable surprise pour les mondes de la musique et du cinéma tant l’héroïne Sylvia Kristel, le metteur en scène Just Jaeckin, le producteur Yves Rousset-Rouard et le compositeur sont parfaitement inconnus.
Et c’est peut-être ce qui plait en juin 1974 dans une France qui vit son premier été sous son nouveau Président, Valéry Giscard d’Estaing, alors chantre de la modernité et de la jeunesse.

Une BO refusée par Serge Gainsbourg

Après des débuts consacrés à la réalisation et à la musique de publicités dont le cultissime jingle des bas Dim d’après un thème de Lalo Schifrin, Pierre Bachelet monte un groupe, Resonance, dont le 45t instrumental « Ok Chicago » rencontre un certain écho dans les discothèques. Toutefois, rien ne le prédestine à un raz de marée mondial et pour cause : il n’est pas le premier choix de la production pour la réalisation de cette BO.

Serge Gainsbourg est approché mais contre toute attente refuse. Avec le recul la vérité est pourtant aisée à comprendre : Il a récemment rompu avec son arrangeur et collaborateur Jean-Claude Vannier et il est provisoirement incapable de signer une musique de film, où le travail d’orchestration n’est pas de son ressort.
Pas de chance, à la même époque, il refuse pour une raison similaire la musique du film « Les Valseuses » qui s’apprête à triompher sur le violon de Stéphane Grappelli.

Une production pour un prix modique

Pierre Bachelet compose rapidement la musique avec l’aide de Hervé Roy et pour l’enregistrement obtient un budget ridicule de 15 000 francs qu’il parvient à doubler après une ardente négociation. Cela reste raisonnable et c’est par peur du dépassement que le compositeur interprète lui-même la chanson titre en Français et en Anglais, première prestation vocale de sa carrière.

Le film sort et atteint 50 millions de spectateurs dans le monde, l’album de musique et le 45t cumulent 6 millions de ventes mais la carrière du chanteur attendra 1980 pour triompher avec « Elle est d’ailleurs ».

Emmanuelle comptera plusieurs suites avec notamment un deuxième volet à la musique signée Francis Lai et un troisième au titre flamboyant de « Goodbye Emmanuelle » créé par Serge Gainsbourg et son nouvel arrangeur Jean-Pierre Sabar.

Le début d'une longue série de compositions pour le cinéma

Il prolonge sa fructueuse collaboration avec le réalisateur Just Jaeckin sur « Histoire d’O » (1975), « Le dernier amant romantique » (1978) et « Gwendoline » (1984) tout en écrivant de solides partitions telles que « Coup de Tête » (1979) pour Jean-Jacques Annaud ou « Les Bronzés Font du Ski » (1979) pour Patrice Leconte.

Derrière le chanteur populaire et accessible, un véritable compositeur au service de l’image qu’il aimait tant.

Bulletin de déclaration "Emmanuelle"
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L'auteur

Mathieu Alterman

Journaliste, chroniqueur (LCI, C8, Le Point, ...) et réalisateur de documentaires (Les Magnifiques - Paris Première).

Après avoir été pendant dix ans directeur artistique en maisons de disques et prêté sa plume à la revue Schnock, il enseigne le décryptage de la pop-culture, la communication de crise, le pitching et l’histoire des médias.

Il anime des conférences pour le groupe Ionis (Jacques Séguéla, Maurice Levy, Jacques Attali, …) et est aussi l’auteur de plusieurs livres dont « Les larmes de Johnny » (éditions Carnets Nord) et « Femmes Fatales (éditions Quai des Brunes).
Chroniqueur dans TPMP sur C8, professeur de pop culture et de podcast. 

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