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Histoire d'une oeuvre
Maman a tort
Les débuts de Mylène Farmer
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« Sur les routes de France cet été, je ne pouvais pas allumer un poste de radio sans vous entendre. On voyait des petites filles qui comptaient : "Un, maman a tort…" ».
Le compliment est adressé par Michel Drucker, le présentateur vedette des vedettes, en direct de son émission Champs Elysées, le 29 décembre 1984. Et pourtant, dire que Mylène Farmer qui vient d’interpréter « Maman a tort » a difficilement imposé son premier titre tient de l’euphémisme !

Flash-back

Un an et demi plus tôt. Une scène particulièrement réussie de Psychose II (la suite du film culte d’Alfred Hitchcock) saisit Jérôme Dahan.
Persécuté par le fantôme de sa mère, Norman Bates inspire l’assistant-régisseur, qui écrit une sorte de comptine dans laquelle une fillette hospitalisée clame l’amour qu’elle éprouve pour son infirmière, n’en déplaise à sa mère-la-pudeur.
L’auteur trouve ensuite la musique avec son collègue et ami, le réalisateur Laurent Boutonnat. Ne manque plus que la chanteuse. Pour dénicher la perle rare, Dahan et Boutonnat font comme au cinéma : ils organisent un casting.

Une certaine Mylène Gautier, alors mannequin publicitaire, se détache parmi une cinquantaine de postulantes.
Laurent Boutonnat est conquis par la présence de celle qui désire « sortir de la masse, ne pas être une petite fourmi parmi les autres », Jérôme Dahan a quant à lui l’impression que la jeune femme a « écrit le texte » !
Son interprétation apporte à « Maman a tort » un relief d’ambigüité sexuelle, de subversion, de mélancolie et de solitude qui constitueront le succès de son personnage par la suite.

Changement de cap

Après l’enregistrement, le trio se heurte au scepticisme des maisons de disques.
Seule RCA accepte frileusement de commercialiser le 45 tours avec un contrat de licence (sans prendre en charge les coûts de promotion). Les fonds de tiroir raclés, il n’y a plus de quoi enregistrer une seconde chanson. L’instrumental de « Maman a tort » fera donc office de face B.
En haut à droite de la pochette du single sorti en mars 1984, on peut lire « Mylène Farmer ». Un nom d’artiste trouvé par la jeune femme, marquée par le destin tragique de l’actrice américaine Frances Farmer, brisée par l’internement psychiatrique. Sur fond noir, la chanteuse, vêtue d’une simple nuisette blanche, jette un regard spectral sur le spectateur.

Mais les programmateurs ne se bousculent pas pour diffuser cet éloge de la folie, et les acheteurs ne se précipitent pas dans les bacs. Laurent Boutonnat fait alors appel au manager Bertrand Le Page, qui vient de rafler le jackpot avec « Mise au point » de Jakie Quartz, lui proposant l’édition en guise de rémunération.

Fin connaisseur du marché, Le Page devine qu’il faut repositionner le 45 tours pour le jeune public. Une nouvelle pochette, avec le visage de Mylène en bonne copine souriante et des couleurs rose et jaune autour, est publiée, tout comme un clip dans lequel l’artiste apparaît en vestale lunaire accompagnée de trois petits garçons.

Les « petites filles » pourront alors compter sur la chanson. La vérité sort toujours de la bouche des enfants...

Dahan et Boutonnat avaient raison. Mylène Farmer pose la première pierre de sa fabuleuse carrière.

Crédit photo : Pierre Perrin/Gamma Rapho

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Bulletin de déclaration "Maman a tort"
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L'auteur

Vincent Dégremont

Journaliste Sport & Musique.
Ecoute avec un égal bonheur « L’Apprenti sorcier » et « La Maladie d’amour ».
Préoccupé par le dérèglement climatique et les fake news.
Considère la cuisine comme un art majeur.

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