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Histoire d'une oeuvre
"Moi Lolita" d'Alizée
De Vladimir Nabokov à Mylène Farmer
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Virtuose et sulfureuse, l’œuvre du romancier russe a donné à la popculture une figure nouvelle : la lolita, cette jeune adolescente à la sensualité provocante.
Quarante-cinq ans après la parution de ce chef d’œuvre de la littérature mondiale, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont su s’en inspirer pour lancer leur protégée.

Humbert Humbert, le narrateur de Nabokov, est un professeur de littérature fuyant l’Europe et un mariage pathétique.

Visitant une pension dans le New Hampshire, il est d’abord refroidi par la banalité de Charlotte Haze – la maîtresse des lieux –, et s’apprête à tourner les talons, quand soudain il aperçoit « allongée dans une flaque de soleil », la fille de Mrs Haze. Cette vision, qui rappelle à Humbert Humbert son premier amour de treize ans et ses premiers émois, le décide à rester.

Rapidement possédé par le charme de la « nymphette » (un terme qu’il emprunte à Ronsard), Humbert Humbert va accepter d’épouser sa mère, qui veut rompre son veuvage, pour mieux sanctuariser son lien avec Dolores.

Le prénom de la fille de Mrs Haze provient de la périphrase espagnole Nuestra Señora de los Dolores, qui désigne la Vierge Marie.
Le diminutif de Dolores est Lola. Et « petite Lola » se dit « Lolita ». Voilà comment, en deux variations, Nabokov fait de la mère de Jésus une fille de douze ans éveillant les pensées coupables de son narrateur.

Lorsque, peu de temps après son mariage avec Humbert Humbert, Charlotte Haze découvre le désir pervers que son époux martèle dans son journal intime, elle veut s’éloigner au plus vite et mettre Dolores à l’abri du prédateur.

Mais le choc émotionnel l’empêche d’éviter une voiture, qui la renverse mortellement. Une aubaine pour Humbert Humbert, qui peut alors jouer cartes sur table avec l’adolescente. Durant deux ans, le papa de circonstance pourra obtenir satisfaction, souvent grâce au chantage, jusqu’à ce que sa nymphette le quitte, peu avant ses quinze printemps.

De Lolita à Alizée

Alizée est à peine plus âgée lorsqu’elle retient l’attention de Mylène Farmer et Laurent Boutonnat en passant dans le télé-crochet Graines de star. La brunette corse à la voix blanche est la jeune interprète que le tandem à succès cherche à lancer !

Quelques mois plus tard, le 4 juillet 2000, l’autrice et le compositeur lancent leur nymphette dans le grand bain. Avec « Moi… Lolita », Alizée se présente au public. Comme dans le roman, elle est une « collégienne » peu appliquée, qui donne souvent « sa langue au chat », cache à sa mère les liens ambigus qu’elle tisse (« motus et bouche qui n’dit pas à maman que je suis un phénomène »), et « rêve au loup ».

Candide, elle explique lors de l’attaque du refrain qu’elle ne cherche pas à provoquer les envies qu’elle suscite dans une tournure enfantine « C’est pas ma faute à moi ». Mais c’est à la fin du refrain que Farmer a pleinement exploité la musicalité de la trouvaille de Nabokov (qui écrivait « Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta. »), en faisant épeler à Alizée « L-O-L-I-T-A ». La chanteuse en herbe scande également « Lo-li-ta » dans le pont. La mélodie acidulée de Boutonnat en fait des vers d’oreille !

De la « langue au chat » aux félicitations du jury

Comme Humbert Humbert devant Dolores Haze, la France, mais aussi la Belgique, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas ou encore la Russie tomberont sous le charme juvénile d’Alizée, qui vendra sa première chanson à plus d’un million et demi d’exemplaires. Une récompense commerciale, mais pas seulement !

En choisissant de donner la parole à l’élève médiocre plutôt qu’au professeur équivoque, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat se hisseront tout en haut du tableau d’honneur de la Sacem en étant lauréats du prix Vincent Scotto.

(c) Jerusalemi/Dalle

Texte "Moi Lolita"
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Bulletin de déclaration "Moi Lolita"
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L'auteur

Vincent Dégremont

Journaliste Sport & Musique.
Ecoute avec un égal bonheur « L’Apprenti sorcier » et « La Maladie d’amour ».
Préoccupé par le dérèglement climatique et les fake news.
Considère la cuisine comme un art majeur.

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