
C’est en novembre 1963 qu’un chanteur trentenaire publie un super-45 tours chez Bel Air, le label de Nicole Barclay, l’épouse d’Eddie. Le directeur artistique en est Léo Missir, le découvreur de Leny Escudéro (et, plus tard de Nicoletta, Balavoine…). Bel Air est un label qui ne va pas tarder à disparaître quand le couple Barclay va se déliter.

Revenons à 1963 et à ce super-45 tours de celui que beaucoup considèrent comme le Ray Charles français.
Ce dernier présente en face A le titre « Pour oublier qu’on s’est aimé », un blues, que, dans trois ans, la jeune Nicoletta fera succès. Et si on retourne le disque, on découvre une autre chanson d’émotion, plus solennelle avec cordes, piano martial et timbales vrombissantes : « C’est irréparable (un an d’amour) ».
Pour la petite histoire, le chanteur a écrit ce dernier titre une dizaine d’années auparavant lors d’une douloureuse séparation. Ce n’est qu’en 1963 qu’il accepte de la présenter à d’autres interprètes afin qu’elle soit enregistrée. La première à l’écouter aurait été une collègue de « bureau » (elle est aussi chez Bel Air) : Rika Zaraï, laquelle lui « prend » déjà un titre en cette année 1963. Cependant, la belle Israélienne lui aurait refusé cette deuxième chanson.
Sans notoriété - ni d’interprète, ni de créateur -, Nino n’a donc pas d’autre choix que de créer la chanson lui-même s’il veut qu’elle soit entendue.

Et l’Italie va réagir. Et cela ne va pas, évidemment, étonner Nino Ferrari l’Italien qui réalise là que, malgré ses influences blues, il ne peut renier ses origines : les mélodies italiennes lui coulent dans les veines.
Autant dire que la réaction des Italiens va dépasser toutes les espérances.
En effet, c’est la jeune mais déjà grande vedette italienne Mina qui, alors qu’elle fête ses cinq ans de carrière, enregistre le titre en novembre 1964. Ce dernier a été adapté par les paroliers Mogol (alias Rapetti) et Alberto Testa. Il est orchestré par Augusto Martelli.
Le sous-titre de la version originale, « Un an d’amour », devient le titre de la version italienne : « Un anno d’amore ».
Nous sommes fin 1964 et la chanson va rester 13 semaines (certaines sources annoncent même 27 semaines) à la première place du hit-parade italien et figurer parmi les quatre ou cinq 45 tours les plus vendus dans la Péninsule en 1965.
« Un anno d’amore » sortira également sur le 30 cm « Studio Uno », enregistré lors du célèbre show du samedi soir de la RAI. Ce 33 tours sera même édité en pressage uruguayen, argentin et japonais.
Quant au 45 tours en italien, il sort même en Grèce, en Turquie et en Espagne où Mina a déjà publié des disques et est devenue une vedette.
« Un anno d’amore » reste à ce jour un des plus grands succès de Mina. Il sera même plus tard utilisé pour un spot de pub TV des pates Barilla. En Italie, mais aussi à l’étranger car la diva va en enregistrer des versions turque (« Dön bana » en 1966), japonaise (Wakare en 1965), et espagnole (« Un ano de amor » en 1965). Cette dernière version va être aussi enregistrée pour l’important marché argentin, où elle est publiée en 45 tours.
Retour en France, où, dès 1965, la grande vedette Dalida, qui surveille de près ce que fait Mina, publie son tout premier 30 cm avec ses dernières chansons mais aussi quelques reprises de standards français (« La vie en rose ») et… « C’est irréparable ». Si elle la met à son répertoire, elle ne va pas la promouvoir dans l’Hexagone (le titre ne sort pas en 45 tours). En revanche, il sera distribué sur plusieurs simples et supers 45 tours au Japon, et, en 33 tours au Royaume-Uni, en Argentine, au Chili, au Mexique, au Pérou, en Tchécoslovaquie, en Israël, au Canada et au Japon.
Nino Ferrer va lui aussi profiter du succès international de sa chanson pour la mettre sur son premier 33 tours en 1966 (qui sort aussi au Canada), puis pour tourner à l’étranger, notamment au Liban dans ce milieu des années 60.
Nino finira aussi par chanter la version italienne, notamment à la télévision de la Péninsule, la RAI.

Si la BO du film est signée d’un compositeur japonais, les deux chansons qui marquent le film sont interprétées par la chanteuse espagnole Luz Casal qui a débuté il y a une quinzaine d’années. Et ces chansons sont deux reprises : celle de « Piensa en mi », une chanson mexicaine de 1937, et celle de « Un ano de amor », avec un nouveau texte signé par le réalisateur qui a voulu repartir du texte italien et non pas de l’original français.
Cette version est un tel succès que la belle Luz l’intégrera dans son album de l’année, « A contra Luz », lequel connaîtra des ventes records. Depuis, d’autres interprètes hispaniques se sont attaquées à ce Monument.
Nino Ferrer assistera donc à cette renaissance internationale de sa chanson, juste avant de nous quitter en 1998.
De son côté, la version italienne a continué à décrocher de nouveaux enregistrements, tout comme la japonaise d’ailleurs.
Reste la version française, rarement reprise alors que le texte de Nino Ferrer le mériterait amplement. Espérons que cette erreur ne soit pas… irréparable.
Novembre 1965 : première apparition de Nino Ferrer à la Télévision Suisse Romande (TSR). Il faut dire que le chanteur connaît alors en France un énorme succès avec « Mirza » et essaie de conquérir l’ensemble de la francophonie.
Posé, le chanteur italo-français se distingue par sa maturité. Il faut dire qu’il a 32 ans (tous les chanteurs pour adolescents sont alors plus jeunes que lui) et qu’il a fait des études d’archéologie et d’ethnologie avant de s'embarquer pour un tour du monde. Ça n’est que de retour en France qu'il a choisi de se consacrer de façon professionnelle à la musique.
Deux ans plus tôt, il a enregistré son premier 45 tours. Des chansons aux accents romantiques et graves, bien éloignées du registre grâce auquel il a et aura encore du succès. Le chanteur donne l’impression d’assumer ces deux facettes. Il s'en explique au micro de Charlotte Ruphi, spécialiste de la chanson sur cette antenne, avant d'interpréter pour les téléspectateurs suisses romands ce titre, "C'est irréparable", peut-être pour montrer qu’il n’est pas que le « rigolo » de service que ce « satané Mirza » a fait de lui.
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