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Pépites
Minou Drouet, l’enfant prodige
René Julliard, éditeur de "Bonjour Tristesse" de Françoise Sagan, a cru en Minou Drouet, 8 ans et son talent pour la prose.
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La fillette au début de vie difficile, pratiquement aveugle, en retard pour marcher, pour jouer, pour parler, trouve non sans mal la reconnaissance qu’elle mérite.
Pourtant elle développe un sens auditif extraordinaire. Elle sait reconnaitre les arbres au seul son du vent dans leurs feuilles, s’émeut si fortement d’une fugue de Jean-Sébastien Bach passant à la radio, que son corps tout entier sort de son enfermement.
Elle explose, marche, bouge, vit : « Chaque note de musique était comme une lame de ciseaux qui coupait les fils qui entouraient mon cerveau, mes bras et les jambes » raconte-t-elle. Minou Drouet est libérée.

Quand la presse s’en mêle

Les éditions Julliard publient alors un recueil de poèmes intitulé « Arbre, mon ami » en 1956. La presse se déchaine, navigue entre émerveillements et doutes. Certains vont jusqu’à accuser sa mère d’écrire pour elle.
André Breton, Jean Cocteau, deux personnalités culturelles et influentes de l’époque, ne peuvent imaginer que de tels mots, emplis de tant d’émotion, sortent de la seule tête d’une fillette, à la vie si nouvelle.

Afin d’apaiser et rendre justice au talent de Minou Drouet, Bernard Boesch, compositeur et proche de la fillette, conseille à Mme Drouet de présenter sa fille à l’examen d’entrée de la Sacem en tant qu’autrice.

Entrée à la Sacem sous le « Ciel de Paris »

Minou est soumise, au même titre que tout un chacun souhaitant entrer à la Sacem, à un sujet d’écriture dans un temps imparti. A la différence près qu’elle connait le sujet, privilège accordé à son jeune âge …

Albert Willemetz, président de l’époque, lui propose « Ciel de Paris ». Elle a trente minutes pour composer.
Cette épreuve habituellement proposée à des gens plus âgés, ramène Minou à sa propre réalité d’enfant : « Puis-je garder avec moi mon chien en peluche et ma balle ? » demande-t-elle. D’ordinaire, une salle est réservée à ce passage d’examen. Elle « choisit » le bureau directorial. Tel un enfant effrayé par le noir demande une lumière, Minou demande à pouvoir écrire dans le bureau du directeur dans lequel elle se sent en confiance.

Couché sur le papier, son oeuvre parviendra-t-elle à faire taire les mauvaises langues ? Bien que très jeune, elle est consciente d’enflammer la presse. A la sortie de l’examen, le directeur lui demandant si elle était satisfaite de son poème, Minou répond : « Je le trouve bien, et s’il vous plait aussi, peut-être que les journaux ne diront pas que je suis mauvaise ». A la fois si petite, mais déjà grande…

L’examen réussi, elle entre définitivement à la Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique en Février 1956.

Quelques temps plus tard elle se réconcilie même avec Jean Cocteau. Peut-être une réponse à ceux qui doutent encore …

En 1966, elle demande également à passer l'examen en tant que compositrice. Du haut de ses 19 ans, elle envoie une lettre au langage si particulier au Président de la Sacem : " Alors Monsieur le Président, ce service ce serait d'accepter mes petites chansons mal habillées pour me permettre de passer cet exam. "

Consultez l'intégralité des archives de Minou Drouet (lettres, examens, coupures de presse ...)

Par Celyne df Mazieres
Crédit photo : Keystone/Gamma Rapho

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