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Pépites
Michel Magne et les Tontons flingueurs
Hé Yé Maï Maï !
L’intitulé du formulaire en usage à la Sacem, « Feuille de timbres (films sonores) » rappelle bien la nouveauté survenue à l’aube des années 30, lorsque les images animées ont commencé à parler et à chanter.
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On a conservé le mot de timbre, qui désignait, quelques siècles plus tôt, les mélodies employées et remployées sous des formes variées et avec des paroles différentes selon les circonstances et les interprètes. Alors que les déclarations à la Sacem de chansons enregistrées sont souvent postérieures à la sortie d’un disque, ces listes de compositions employées dans un film sont établies dès qu’un long métrage part en fabrication.

Vadim, Verneuil et Lautner

Michel Magne signe donc le 13 août 1963 sa feuille de timbres pour Les Tontons flingueurs, qui doit sortir le 27 novembre en France mais dès le 4 octobre en Allemagne de l’Ouest – coproduction oblige.
Michel Magne est sur le seuil d’une grande carrière de musicien pour l’image, même s’il n’imagine pas que cette première rencontre du réalisateur Georges Lautner et du dialoguiste Michel Audiard deviendra un monument du cinéma de langue française.

En 1962, il a composé pour Le Repos du guerrier de Roger Vadim, Le Diable et les dix commandements de Julien Duvivier, Un singe en hiver d’Henri Verneuil ou Gigot de Gene Kelly. Désormais, Magne connait le surmenage bienfaisant des compositeurs en vue.

Avant-gardiste incompris

On a commencé à parler de lui dans les années 50, quand il incarne la pointe la plus extrémiste de la musique contemporaine en France. Au printemps 1955, son concert au Palais de Chaillot avec cent dix instrumentistes et deux cents choristes fait scandale : les discours d’Hitler diffusés à l’envers suivis de bruits de chasse d’eau ou sa Secousse sismique n°2773 ter sont vomis par la critique.

Son ami Boris Vian le console. Mais il devient un personnage pittoresque et puissant de la musique, un pied dans l’innovation et la provocation, un autre dans la séduction et l’efficacité commerciale. Il accompagne Henri Salvador, compose des chansons pour Juliette Gréco sur des textes de Françoise Sagan, qu’il enregistre en se faisant aider par Claude Bolling, un copain de régiment qui jouait du trombone et de la grosse caisse quand lui-même était timbalier dans une fanfare militaire...

Pas là pour beurrer les sandwichs

Le succès des Tontons flingueurs (3,3 millions d’entrées) va contribuer à faire de Michel Magne une référence de la musique de film. Il va enchaîner la série des Angélique, Les Barbouzes de Georges Lautner, des OSS117 et les Fantômas d’André Hunebelle, les meilleurs films de Jean Yanne… Il sera aussi un entrepreneur hors normes, qui crée au château d’Hérouville, dans le Val d’Oise, le studio le plus moderne et luxueux d’Europe, et où enregistreront, entre autres, David Bowie, Elton John, Cat Stevens, Michel Polnareff, The Grateful Dead ou Jacques Higelin...

Mais, dans l’immédiat, il relève les minutages de la musique des Tontons flingueurs, timbre par timbre, au quart de seconde – trente-deux minutes et trente-neuf secondes trois quarts pour un long métrage de 105 minutes.

La postérité retiendra surtout le Tamouré et le « hé yé maï maï » qui lui sert de texte, que Georges Lautner fera traiter dans des couleurs très variées tout au long du film.

Par Bertrand Dicale

Feuille de timbres "Les Tontons flingueurs"
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