
Le 20 juin 1950, Edith Piaf enregistre « Le chevalier de Paris », une courte chanson de 2’03, caractéristique des chansons gravées sur des supports 78 tours limités en durée qui vont être dans quelques mois concurrencés par des microsillons en simple puis super-45 tours.
La Môme compte alors une quinzaine années de carrière et a déjà conquis les USA. Elle sort à peine du drame de la mort de Marcel Cerdan et du succès de la chanson que ce dernier lui a inspiré (« L’hymne à l’amour »).

« Le chevalier de Paris » est enregistrée à la Sacem le 14 décembre 1949, sans mention d’éditeur. C’est l’année suivante que la chanson sera éditée par Enoch et Cie, la société alors gérée par Jacques Enoch, l’arrière-petit-fils du fondateur de la maison, le découvreur de Joseph Kosma (« Les feuilles mortes »).
Pas vraiment « moderne », la chanson - au titre un peu « médiéval » et au refrain bardé de mots poétiques (« rosée », « bien-aimées ») - raconte cependant au premier couplet l’histoire contemporaine d’un garçon de la campagne qui vit à Paris (on y parle de « métro »)… Le vocabulaire flirte aussi avec l’argot titi parisien cher à l’ex-chanteuse des rues (« bistrot »).
La version d’Edith est d’abord publiée pour l’été 1950 sur un 78 tours Columbia, en face A. Elle ressort quelques mois plus tard, en 1951, toujours en face A, mais sur un microsillon simple 45 tours, le nouveau support qui va révolutionner la chanson.
Cette première version est orchestrée par son fidèle pianiste, Robert Chauvigny. Cependant, elle ne marquera pas la carrière de l’ex-Môme, qui ne la chantera pas longtemps sur scène. Cette dernière ne la sortira même jamais sur un super-45 tours ni un 33 tours 25 cm. Uniquement – et bien plus tard (dans les années 70) - sur quelques compilations, surtout à l’étranger.
Elle aurait cependant obtenu le Grand Prix du disque 1951, pas encore connu sous le nom de Grand Prix Charles Cros.
Plus tard, resté proche de Philippe-Gérard, Yves Montand, enregistrera ce titre en français dans son 30 cm « Le Paris de Montand », en 1964.
Par chance, toujours en 1951, la filiale américaine de la maison de disques d’Edith décide de publier le titre sur un 33 tours 25 cm, « Sings Again », qui sort aux Etats-Unis où elle chante régulièrement depuis quatre ou cinq ans, notamment au Versailles de New-York.
Si ce disque est un succès, c’est qu’on y trouve également la version anglaise de « L’hymne à l’amour », « Hymn To Love » qui plait aux Américains.

Bing Crosby est un des premiers à enregistrer cette adaptation, le 4 octobre 1951 (en septembre 1951, il y aurait eu Bob Sands). Il est accompagné par le fidèle John Scott Trotter (et son orchestre) qui est à ses côtés de 1937 à 1954.
Coïncidence : sur la face B du 45 tours original, on trouve l’adaptation d’une autre chanson française : « Domino ». Un numéro de la revue américaine Billboard daté du 18 octobre 1952 évoque également la sortie aux USA du 78 tours de la chanson par Léo Marjane.

Quant à la première version allemande, inspirée du texte américain, on la doit en 1962 à Marlène Dietrich, l’amie de Piaf, installée à Paris depuis des années. « Die Welt war Jung » (littéralement « Le monde était jeune »).
Quoi qu’il en soit, à l’heure où nous publions ces lignes, il y a certainement sur la planète un Artiste ou un Anonyme qui chante en studio, sur scène ou en flânant dans une rue cette chanson « parisienne ».
Gageons que le « Chevalier de Paris » continuera encore longtemps à répandre le parfum des pommiers doux à travers le monde…
Quand Bob Dylan enregistre, en 2017, sur l’album « Triplicate », l’adaptation de ce « Chevalier de Paris », il n’en est pas à son coup d’essai en matière de chanson française. En effet, il a déjà beaucoup chanté de créateurs hexagonaux. Jugez plutôt.
En 1970, il a repris le fameux « Let It Be Me », composé et créé par Gilbert Bécaud en 1955 sous le titre « Je t’appartiens » (paroles de Pierre Delanoë) et devenu un standard depuis le début des années 60.
Trois ans plus tard, en 1973, cette fois sans le savoir, Dylan enregistre une autre chanson française : « Plaisir d’amour » créé en 1902 par Monsieur Fernand. Pour Bob, c’est une reprise d’Elvis Presley. Il ne sait pas que derrière ce « Can’t Help Falling In Love » de 1961 se cache un succès français des années 30 popularisé par Ray Ventura et ses Collégiens, mais aussi Yvonne Printemps.
Jamais deux sans trois. En 2015, Bob jette son dévolu sur « Autumn Leaves », l’adaptation des « Feuilles mortes » de Prévert et Kosma créées en 1946 par Yves Montand dans un film puis par Cora Vaucaire sur 78 tours.
« When The World Was Young » est donc le quatrième succès français enregistré par l’un des plus grands songwriters américains et donc planétaires.
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